Texte de Louis Doucet. Critique d’art, collectionneur.
 
Corinne Jullien nous propose un univers apparemment inoffensif, évocateur de contes et de légendes,dans les couleurs acidulées, empruntant les tracés faussement maladroits des illustrations pour la littérature enfantine.
Mais tout ceci n’est qu’apparence, couverture pour un propos plus subversif.
Son univers est d’une inquiétante familiarité, proche de l inquiétante étrangeté, l’Unheimlichkeit Freudienne.
L’artiste renvoie au spectateur le reflet de sa propre histoire, image d’abord dérangeante puis qui une fois identifiée devient sienne.
La mise à distance est opérée par le recours à de grands formats, apparemment incompatibles avec l’intimité des scènes figurées, et par l’imposante présence du personnage principal, rigoureusement centré.
Mais ceci n’est qu’un leurre, un piège trompeur, car quiconque se hasarde à entrer dans ce travail est immédiatement happé par son propre point de vue, obligé de mettre son imagination à contribution pour combler les lacunes spatiales et narratives, de plaquer sa propre mythologie sur celle proposée par l’artiste.
                                                                                                                               

Texte de Corinne Jullien.

Malgré des codes picturaux empruntés à l’univers enfantin, mon travail glisse dans le domaine figuré de la psychanalyse.
L’acte de peindre est, pour moi, une façon de poser le cadre pour regarder se débattre dans un espace fini, un quelque chose d’indéfini, d’indéterminé…
Les sujets que je peints, sont en devenir, et opèrent sans cesse des mouvements de retrait, d’effacement, de mutation. Comme scannés dans la recherche qu’ils mènent de leur propre individualité…
La dialectique du conte tend délibérément vers l’expression de mes obsessions personnelles.

 

Figures errantes qui déambulent entre ciel et terre, et, qui l’espace d’un instant s’arrêtent pour nous regarder.
Des hommes qui errent, et des maisons qui respirent, teintées par l’âme de ceux qui les habitent ou les fuient.

Toute une faune qui semble évoluer avec la lente détermination du somnambule dans un monde en perpétuel mouvement.
Tentation piquante d’apprivoiser le revers du visible.